jeudi 16 septembre 2010

insomnie

La bavarde fille qui te tire par les pieds au milieu de la nuit
Et te pointe du bout du doigt, les ceci et les cela, ce que tu n’as pas fait
Les comptes imparfaits, les urgences, les projets et ta vie
Ta petite vie dit-elle l’agaçante, dans tout ce qu’il lui manque
Et ces amoures perdues et ces fruits défendus, et le désordre de la nuit
Indigne et muette indifférente à cette agitation qui énerve ta tête
Car tout dort autour, même les bêtes, tandis qu’en toi le cri s’entête
Et dénonce, et conspue, et s’afflige et voudrait bien que cette bousculade cesse
Dormir encore un peu peut-être, aller laper du lait, à la tartine de confiture,
Qu’elle cesse de chatouiller morose votre déconfiture
Cette invitée surprise qui défait votre lit, s’assoit sur votre ventre, et rit
Cette fille méchante, cette garce évidente, qu’on voudrait la tuer
Au vin rouge, à l’amère pilule, au tranchant d’autolyse
Quand l’aube arrive, la chienne fait sa valise
Et vous laisse tout pantois et défait au miroir
Il faut aller au Monde et de bonne figure
Il faut aller au Monde et faire semblant d’y croire
Tu dormiras mieux ce soir
Voilà le bon augure
Et l’insomnie s’ira vers une autre pâture