dimanche 26 décembre 2010

l'hiver a faim

Mes mains sentent bon la clémentine
Aux joues rouges de Célia
L'herbe est blanche dans le pré
Et je m'endors déjà
La tête dans le pré du tapis
Au pied de la cheminée
Sous l'oeil compatissant de Bouddha

sur ta bouche

les craquelures du givre font des vertiges

vendredi 24 décembre 2010

Noêl

À Noël je suis les orphelins de Dickens
Ruelle sombre de Londres
Pauvre vieille assise dedans son escalier
Clochard sur son parking
Vieux chien déguenillé

Buche au beurre de chocolat
Laisse-moi dormir dans tes bras !
Gavroche, tu sens bon le tabac
Et ton rire résonne agile dans le froid
Je t’aime tu vois !
Cisèle ta pipe à mon couteau
À Noël, le feu craquèle chez Monsieur Hugo

Une odeur de marron brûlé frotte à mon nez qui pique
Les chaussons alignés dorment et la graisse d’oie frissonne
À la tête d’une pléiade de cousins, j’allais enturbanné de mon rôle d’aîné
Conteur très orphelin d’aventures épiques
Dans la grande chambre dormaient mille enfants
Je n’y dormais jamais vraiment ou que d’un œil, le cœur battant
Mais j’étais vraiment orphelin dans le sommeil ivre de ma mère
Noël sentait le camphre, l’orange cloutée de girofle, la rose verte d’hiver

Mamie debout dans son immense chemise de nuit, cheveu défait, sans sa poupée
La petite fille devenue grand-mère
Restait en retrait, papillotes défaites, papier coloré, arraché, blagues idiotes, piano claudiquant
Et le Monde entier mourait dans la guirlande clignotante

Enfance tuée à coups de récompenses

À Noël je suis les cousins échappés
Dans la grande sente où cavalent les chiens
Je fonce dans la nuit, un roman à la main
Solstice où le jour s’ajuste à la nuit envahissante
Sauras-tu parler de mon enfance vagissante
À Noël, j’étais orphelin dans les chansons sinistres
Mais j’étais déjà libre et je t’aimais dans ton demain
Gavroche à la fleur douce, ta bouche me sauve
Ton cœur d’oiseau palpite et me métamorphose

vendredi 29 octobre 2010

dans son petit atelier

Dans son petit atelier
Il y a mon amour
Toc ! toc !
Je l'entends cogner de son marteau au mur
Toc ! toc !
Et les battements de mon coeur s'accordent à ton rythme
Mon amour
Mon tendre et doux
Mon mari bricoleur !

Dans son petit atelier
Il y a mon amour
j'entends la scie chanter
Et je frissonne
Petit homme
Tu inventes, tu assembles, tu fabriques de tes mains
Je te sens le coeur en fête
Et je suis bien
Je t'aime dans ton petit atelier
Dans notre maison qui sent bon l'encaustique et le chocolat
Je t'entends dans ton petit atelier et je n'écoute que toi
Scie et marteau font la plus jolie
La plus délicate
La plus délicieuse des chansons
Sous tes doigts
Agiles, souples, forts et si doux
Le petit clou de métal pointe notre bonheur
Et de l'autre côté du mur
A la table de mon bureau, penché sur mes mots que j'assemble maladroit
Je pense à toi, à notre amour
Qui meuble ma vie de son bon bois
Dans le petit atelier
Il y a mon amour
J'entends le bruit joyeux
Du marteau sur le bois
Et la vie familière se fait soudainement douce
Dans l'haleine réconfortante de l'automne
Il y a nos vies aimantes d'hommes
Aimants
Aimés
Toi dans ton petit atelier
Moi, sur mon bureau penché.

mercredi 6 octobre 2010

six octobre 2010

attendre Maxime

nous ferons un feu
notre feu

mais nous n'oublierons pas
la ferveur des hommes quand ils savent le sel du courage
la saveur de l'espoir retrouvé

nos mains enfin reliées

jeudi 16 septembre 2010

insomnie

La bavarde fille qui te tire par les pieds au milieu de la nuit
Et te pointe du bout du doigt, les ceci et les cela, ce que tu n’as pas fait
Les comptes imparfaits, les urgences, les projets et ta vie
Ta petite vie dit-elle l’agaçante, dans tout ce qu’il lui manque
Et ces amoures perdues et ces fruits défendus, et le désordre de la nuit
Indigne et muette indifférente à cette agitation qui énerve ta tête
Car tout dort autour, même les bêtes, tandis qu’en toi le cri s’entête
Et dénonce, et conspue, et s’afflige et voudrait bien que cette bousculade cesse
Dormir encore un peu peut-être, aller laper du lait, à la tartine de confiture,
Qu’elle cesse de chatouiller morose votre déconfiture
Cette invitée surprise qui défait votre lit, s’assoit sur votre ventre, et rit
Cette fille méchante, cette garce évidente, qu’on voudrait la tuer
Au vin rouge, à l’amère pilule, au tranchant d’autolyse
Quand l’aube arrive, la chienne fait sa valise
Et vous laisse tout pantois et défait au miroir
Il faut aller au Monde et de bonne figure
Il faut aller au Monde et faire semblant d’y croire
Tu dormiras mieux ce soir
Voilà le bon augure
Et l’insomnie s’ira vers une autre pâture

samedi 21 août 2010

logique ou mathématique ?

Se penser dans le Monde
Et dans le chant du Monde
Ô saisons suspendues à la pensée logique
J'oppose ma mathématique douce, mes variables géométriques
L'Océan isocèle déconcentre mon front
J'apparais, que suis-je ?
Dans cet équilibre insatiable
Pour ne pas tomber, il faut marcher

jeudi 29 juillet 2010

un interlude encor

Un interlude, voici que vous êtes bien !
Il fait soleil de cette température parfaite où l'air est doux
Vous êtes, debout dans le jardin, la brise est légère
Et vous n'avez pas froid, ni chaud puisque la température est parfaite
Avec un ciel bleu, un cumulus fragile vogue
Vous admirez la perle de rosée aux pétales de l'hortensia bleu
Vous êtes beau dedans votre âge, d'une beauté calme et douce
Vous n'avez pas mal, vous ne ressentez pas la faim,
Vous êtes à ce moment précis en accord avec vous-même
Votre jubilation se contient avec une tendresse prudente
Vous êtes bien, vous vous le dites sans affèterie,
Pas la moindre mièvrerie, n'ombrage votre front sage et pur.

Vous avez vu la ronce qui se fraye un chemin, qui insiste
Vous lui pardonnez d'avance et vous souriez, juste à peine
Étonné touché de voir, que cette année le magnolia vous donne deux fois des fleurs
Vous êtes seul au Monde mais vous attendez les autres,
Vous êtes dans les ondes aimantes et fluides de vos amis,
Et votre amour qui vient vers vous entend déjà la mélodie
D'un univers qui apaise sans affaiblir, il y a du bois pour l'hiver
Et le vin sagement sait vieillir

Vous êtes ainsi dans le jardin, debout dans ce moment, un siècle
Déjà vous savez que vous n'oublierez jamais cet instant
Ce bonheur où vous êtes unis, vous, votre vie et votre corps
Vous savourez, vous cueillez pour les souvenirs

Les draps sèchent tranquillement sur le fil tendu à l'oblique
Forcément vous avez respiré le doux parfum et la tiédeur
Plus tard, vous ferez votre lit dans ce parfum d'herbe et la couleur
C'est là que vous dormirez après lui avoir fait l'amour

Un interlude vous êtes passé au jardin
Vous respirez, retenez les parfums,
S'il faut des mots que ce soit simple, souriez
Vous chantonnez et vous ne pensez, à rien …

dimanche 25 juillet 2010

interlude

Juillet suspend son vol
Mais les cris d'oiseaux
Des gouttes d'eau en brume légère sur le carreau
Mais l'impatience retenue
A peine,
Puisque j'attends ta voix, tes yeux, ton sourire
Ou bien
Mais le ciel laiteux
Signe l'attente
Mais

vendredi 9 juillet 2010

sel et sable

L’été brûle son fer dramatique sur ton absence
Je ne suis pas allé à l’Océan, le sel sèche ma bouche
Ombre dure du saule dépouillé, la canicule dépouille mon front
Le désert c’est ici
Face à l’océan
Ma barque est renversée dans le sable
Où seule la méduse a crevé son sac, à fond de cale un enfant meurt

Vous ne me m’avez pas parlé parce que j’en savais trop sur vos mensonges adultérins
Adultes alcooliques aux refrains sentencieux
L’herbe sèche flagelle votre silence

Ce qui a fui, a coulé dans le sable, votre eau, ce sang, mes larmes
Cette corde rêche, le cordon ombilical que j’ai dû rompre avec mes propres dents
Vous ne m’avez pas parlé vous préfériez mes hanches, ma cambrure, mon rire, mes bavardages

Vous avez tout pris comme on cambriole et puis vous avez jeté à terre ces mauvaises chansons
Avec votre air hautain, légèrement dégouté…
L’été me brûle à son absence
Vous
Vous saviez encore son nom

Vous êtes reparti vers les terres
Je regarde son empreinte s’effacer dans le sable
C’est effacé
Il ne s’est rien passé

Je vais si bien
Demain, j’irai nager

samedi 3 juillet 2010

Laurent Terzieff

Qui sommes- nous pour vous survivre, poètes disparus ?
Qui sommes-nous pour vous survivre résistants, combattants aux mains nues ?

S'il faut au Monde des raisons,
Ne cédons rien car il nous faut
La poésie par-dessus tout

Je veux marcher dans ce sillon
Tragique et merveilleux
Giono ou le chant d'Aragon
Gérard Philippe, Laurent Terzieff

La poésie ouvre ses biefs
Arthur Rimbaud, Paul Eluard
Je chemine ici au hasard
La tête prise de trop de vin
Je suis triste je ne deviens rien
Sous vos étoiles incandescentes
Je marche avec ma vieille enfance
S'il faut un Dieu qu'il soit le verbe
Le paysan roule sa gerbe
Et le poète nous fait les mots
Son chant tragique nous rend beaux
Et si petits, nous petits hommes
Éclairés de la métaphore
Ce qui ne nous tue, nous rend forts
Qui sommes-nous pour te survivre ?
Toi disparu un deux juillet
Sous la canicule du geste
Brûle une dictature molle
La charrette couverte de fleurs
Je ne sais t'offrir que mes pleurs
Poète qui écrit en cachette
Sous le ridicule humble et pauvre
Ta chambre sous les toits s'assèche
Ton parfum crisse sous les roses
Un marbre dur clôt la mémoire
D'un monde vaniteux sans histoire
Qui n'ose les chemins de traverse
Le comédien encore se dresse

Cette nuit- là mourut Terzieff…

2/06/10

dimanche 20 juin 2010

j'aime mes amis

La fenêtre ouverte sur le jardin bleui,
J’ai dormi dans le délice des draps frais
Chants d’oiseaux mêlés dans le jardin
Et la confiance de mes amis

Je les ai raccompagnés à leur voiture
Beaux et drôles, un fil de soie, un fil de joie
J’aime savoir qu’ils reviendront, que nous nous reverrons
Que je peux vieillir tranquille, ils sont beaux et doux

La maison rangée frémit, le ciel de nuit s’étire
Les oiseaux font la fête, bavards dans le jardin
Blanche neige ; il faut sortir du lit ! Un jour ton prince viendra !

L’été approche et j’aime mes amis
La maison sent la vanille et les draps glissent sous mes jambes
Je ne mets pas de rime, je m’éveille à peine
Dans les parfums, les chants et les frémissements dans les arbres

Je me fais des souvenirs doux pour t’accueillir mon bel amour
Le jour se lève, bientôt je serai au bavardage joyeux de la tasse de thé…

Il faut toujours un peu de désordre à sa vie, aimer la vie pour s’aimer, aimer ses amis pour aimer, s’aimer pour aimer, pour t’aimer, amoureusement
Dans la profusion des chants d’oiseaux
Je pense à vous
Entendez - vous comme je vous aime ?

lundi 24 mai 2010

à F

La fenêtre ouverte sur le jardin, feuilles vertes au pommier
Babil d’enfant, insectes, chants d’oiseaux, rumeur du torrent
La voix d’une femme qui peut être pend du linge patiemment
Un pas d’homme qui traverse l’allée de gravier
Puis reprend l’enfant qui voudrait qu’on le regarde
Et comme l’enfant est beau et solitaire dans la bulle de ses jeux
Et comme sa réponse à la mère est presque douloureuse
Matin d’enfant dans le jardin de mon enfance amoureuse

Allongé dans la chambre, j’écoute et je rêve de ton sourire
Un peu de sable dans les draps, un goût de sel pourtant
Je flotte, je rêvasse, je galège avec l’espoir de ta peau sous le vent
Je ne suis pas encore allé regarder l’océan
Je rêvasse au dessin parfumé de ta peau, ton nombril
Il fait un soleil d’été, mais quelle saison dois- je vivre ?
Il faut du temps à l’horloge des mots, je suis juste avant
J’écoute, mais je n’entends pas mon propre coeur
J’attends que tu viennes, me délivres et que je te donne ma force
Celle puisée dans ma mémoire, dans mon savoir, dans mes saveurs
La courbure prochaine de tes hanches, amour violoncelle, lueur

Voix mêlées dans le jardin, si vous pouviez laisser l’enfant jouer
Si tu voulais te rapprocher de moi, ma bouche est douce
Tes jambes longues me font voyager
Tu es dans la bulle de tes songes, je n’ose pas souffler
Ni te toucher, ni t’espérer, petite frousse
Que tu ne restes pas, sur l’herbe fraîche du jardin
Nous descendrons à l’ombre, ta tête sur mes genoux
Tes longues jambes interminables
L’air sera doux

dimanche 16 mai 2010

je vais

Je vais dans mon âge, je n’écris plus rien
L’Océan me voit pâle et je n’y peux rien,
Je vieillis en dehors de mon corps, j’aurais voulu
Mais je manque de temps, je n’ai pas su
Médiocre autodidacte, à moitié orphelin
Mes chaussures qui craquent et pourtant je reviens
Vers ce désordre intérieur et ce désordre ancien
La poussière me recouvre la tête et les mains

Je cherche, je m’exaspère, l’horloge me tue
Si je meurs sous la vague, je m’habitue
À l’idée que les algues couvriront ma bouche
Et que les mauvais rêves habitent ma couche

Je vous ai tant aimé mais vous pas
Ma compagnie vous la trouviez gentille
La serviette de coton, on la repousse à la fin du repas
On va marcher un peu au bord de l’Océan
Comme on va au bord de soi

Je vous ai tant aimé, il faut ranger la maison
Ce désordre qui revient, tondre le gazon
Je préfère les fleurs sauvages, ce myosotis heureux
Des présages silencieux, des oiseaux qui picorent
Nostalgiques, mon cœur sec et qui fait semblant d’y croire
Un surplus de mémoire
Je radote avec mes souvenirs, si seulement
Nous nous étions assez aimé pour que vous restiez, reveniez

Ô ! se pourrait-il que les hanches douces de la dune océane
Accueillent mon sommeil enfantin et me réconfortent
Je vieillis, je m’oxyde, je m’assèche et me fige
Je gèle dans le paysage sous le soleil et la vague
Recouvre mon enfance que je touche du doigt
Comme un objet qui se serait séparé de moi

Je vais dans mon âge, je n’écris plus rien
Que le désordre qui surnage, les parfums
Je les entends à peine dans ce décor, surexposé
Je vais dans ma vie, j’y suis alité
Comme un fleuve qui descend malgré lui-même
Et son sang se fige dans le sable, dans ses veines
Je descends dans mon âge, laissant la plaine bleue
La caresse du vent me pousse vers cet adieu
L’océan me regarde et je suis son enfant
Je viens, attends !

vendredi 26 février 2010

de l'autre côté de la route

Derrière la maison le torrent roule sa lessive d'eaux boueuses et salées.
La marée lui remonte dans la gorge.
Le torrent navigue à contresens.
Il fait soleil dans les cris d'oiseaux.
J'aime quand les mouettes s'engueulent
J'aime quand le torrent rouspète et se déglingue au fond du jardin
J'aime quand mon futur amour me manque
J'aime ces crissements d'avant printemps.

lundi 15 février 2010

la clé sous la porte

Les machines bruissèlent leur tic-tac funèbre
L'hiver s'étire
J'ai besoin de forêts, de rivières, de métamorphoses, d'insectes
Je cherche ton rire dans l'éclat de l'eau,
Si j'avais su, j'aurais pu être utile au Monde
Je suis parti, mais je n'ai pas marché
Petite fougère,
Ma nuque crisse
Bientôt, je mettrai la clé sous la porte