vendredi 26 décembre 2008

A la pointe de Mousterlin

A la pointe de Mousterlin,
Sur le dos des rochers luisants
Les grands cormorans sèchent leur ailes
Ploient, déploient, comme une cape lourde
Et devisent à l'écart des passants sur la plage
A la pointe de Mousterlin
De petits oiseaux étonnants, au bec fin, s'approchent sardoniques
Se laissent approcher un peu, puis s'éclipsent
Me renvoyant à ma méconnaissance du Monde
Tandis que les grands cormorans, à demi-mots, conversent
Et sèchent leurs ailes sur les rochers semés
Comme des dos d'hippopotames luisants dans l'océan ensoleillé

mardi 25 novembre 2008

vent vertueux

Comme le vent a secoué les branches.
Mon coeur est déplumé, nu sur la pelouse.
Pas sans bourgeon aimant.

Tendu déjà sous la brume vers cet espoir de soleil.
C'est encore l'automne.
Des chats traversent le jardin en empruntant des diagonales mystérieuses.
Les araignées se sont tues.
Une pomme ridée persiste au sommet.

La vanité serait de croire qu'elle a ses raisons ou qu'elle se donne un style.
La pomme.

Ce que je cherche, c'est la buée sur ta bouche, le givre parfumé de ton ventre.
Le parfum que fait ton coeur contenu lorsque je le frôle du bout des yeux.
Ne sois pas trop caustique.

Je vis de ta vie seule, je n'ai plus de souvenirs, des abeilles en fusion crépitent. Mes pieds ont pris racine dans mon âme.
Je suis l'arbre idiot et maladroit qui penche ses branches.
Et ploie.
Vers la rosée de ton sourire...
Forcément narquois.
Avec cet air détaché qui convient aux jeunes gens qui se donnent des allures de liberté.
Tu es à des milliards de kilomètres.
Et tu es tout près.
Incidemment aimanté à ton visage.
Incidemment aimanté à mon chant.
Des chats traversent le jardin en diagonale, mine de rien.
Celui là m'a regardé, de côté.
Je pense à toi.
Juste avant le vertige de la rencontre improbable.
Qui aurait peur ainsi, debout, nu dans le jardin, les bras tendu vers le ciel, un après-midi de novembre ?

mercredi 12 novembre 2008

la cathédrale

Cet après midi, Saint-Corentin la cathédrale, faisait sa fiérote et montrait son nombril au soleil.
Joyeuse vision de la foi qui ose allumer son rire.

lundi 3 novembre 2008

le galet

Du ventre de la baie d'Audierne, mais l'Océan m'autorisa, j'ai volé un galet.
Un galet rond et lisse.
La Perfection.
Sculpture de la mer qu'il faut toucher pour comprendre.

Nulle pierre n'a plus de douceur à mes mains.
Nul silence ne sait autant vous emplir et vous promettre.
Je l'ai chauffé à mes doigts comme la lampe d'Aladin.

Et ton sourire est venu et tes messages de douceur ont récompensé mon dimanche.
Toi qui connais la langue d'ici, tu m'apprendras.

J'ai caressé le galet, mes mains sont douces à présent.
Tu peux venir.

samedi 25 octobre 2008

crapaud doré

De la beauté à la tristesse il n'y a qu'un pas.
Votre perfection meurt en moi.
Le petit crapaud doré, effrayé de mon pas, est tombé de l'autre côté de la grille.
Il a disparu beau et effrayant sans un baiser sur sa bouche.
On ne saura jamais si c'était un prince.
Petit crapaud sommeille en moi.

vendredi 24 octobre 2008

haleine

La nuit fait son haleine herbeuse et mouillée. Terre molle du jardin. Ciel sombre. Tiède nuit d'automne. Je voudrais aller écouter l'océan. Qu'il me lèche les pieds dans le noir. Qu'il m'aspire et me dise ce que la nuit n'ose pas encore.

lundi 20 octobre 2008

semaine

J'ai du pain sur la planche
La semaine suit le dimanche
J'ai des visages en avalanche
Des paysages qui avancent
Mille images au kaléïdoscope
Bretagne noire, Bretagne blanche
Ta langue danse, ta danse tangue
Lundi se cherche un goût d'enfance

dimanche 12 octobre 2008

silence

Se retirer de l'écriture, pour mieux écrire.
Regarder le jardin pour mieux s'écouter.
Passage. Une saison semble ouvrir sa porte puis une escale estivale s'offre.
Escale. Transition.
Le jardin cède parfois au vent. Branches mortes sur le gazon.
Mais la petite araignée au ventre doré, la petite araignée tenace tisse sa toile.
A la fenêtre du bureau, au rétroviseur de l'auto noire, à la poignée de la porte, entre deux arbres, au portail du jardin. Partout la petite araignée signe et se rappelle à moi. Dans le plus parfait silence.
Terreau douloureux de la mémoire où puiser sa morale à vivre.
Je suis nomade en moi même. Cette escale, pour refaire de la pensée et penser au geste utile.
Jardin silencieux de la Bretagne exotique.
Juste avant.

jeudi 9 octobre 2008

quatre saisons, libération

Pluie glacée puis soleil.
A la radio, le prisonnier innocent libéré a dit son bonheur : retrouver le gout des framboises et toucher la rosée...
Alors comment désespérer ?
Le vent, les feuilles mortes claquent à la porte, puis l'araignée dorée ciselant sa toile entre fenêtre et buisson.
Ici les araignées volent et sous la douche les arbres s'ébrouent en riant.
Le prisonnier, innocent et libéré se délecte de framboises.
Sa libération me libère.
J'ai quatre saisons rondes dans ma vie.
La vie!

dimanche 5 octobre 2008

échouage

Ce dimanche, la maison-navire échouée dans la pelouse. Les oreilles gorgées d'eau, il faudrait savoir enfin écrire le nouveau chapitre. Si je survis à la nuit, je m'en remets aux korrigans, à ce chaton qui est venu se jeter dans mes mains îvre et ronronnant comme si nous nous connaissions. A ce Monde au loin qui chavire. A ces livres fermés comme autant de galets semés dans la mémoire.
La bibliothèque est elle ossuaire ou promesse ?
Existe-t-il ce livre à écrire ?
Ce dimanche, la maison-navire avait l'hélice ensablée dans mon coeur.
J'ai fait du feu.
Je n'ai pas cessé de penser à toi.

samedi 4 octobre 2008

matin

Gonflé d'eau, le ciel dilue l'encre de la nuit.
Chaque matin une nouvelle toile offerte.
La maison accoste après sa nuit silencieuse. Cela bruisse à peine au dehors.
L'herbe du jardin presque liquide. Des parfums de sucre, de sel, de beurre.
Il faudra bientôt descendre à quai dans la vivante vie des hommes bavards.
Des télégrammes adressés à ma mémoire en devenir.
Quel passé suis je à gommer pour faire place à de nouveaux épisodes ?

vendredi 26 septembre 2008

rendez-vous

J'ai des rendez-vous secrets avec l'Océan, à marée basse, quand le rideau des nuages est tiré au large.
Une sorte d'aimant attise ma boussole.
La porte ouverte vers le Ciel et l'Eau.
Qui peut comprendre ?
Chaque galet y dit le Monde.
Chaque vague y dit le geste maternel qui vous prend et vous déprend.
L'Océan ici mouillé de la Mer encore. Dans les jambes des courants chauds, des promesses... et tous les dangers.
La mousse inoubliable de chaque vague. De la même eau, du même sel, de la même écume. Et ce n'est jamais la même vague.
Et toutes ces vagues me retiennent sur la plage et m'attirent pour ce voyage inextinguible et ultime peut-être.

dimanche 21 septembre 2008

les pommes du jardin

A l'arbre trop chargé, les pommes ont fini par mûrir. Rouges et fermes, un rien salées, le vent leur a donné assez de force voyageuse. Petites pommes pour petit garçon, saltimbanque des jardins, cueilleur, voleur... L'enfant a pris sans remercier le pommier. Le merle rit. Chacun sa part...
Mais déjà dans la cuisine, la farine et le sucre se mêlent et de la crème pour la tarte.

vendredi 19 septembre 2008

exploration

Explorant tes collines, tes montagnes, tes revers, tes lacets, tes ciels accrochés par tant d'arbres nouveaux, tes cris d'oiseaux, tes surprises, tes brumes et tes soleils... qu'apprends-je donc de moi même que j'ignorais et me surprend ? Est-ce promesse ou fin du voyage ?
Plus je déchiffre les cartes, moins je comprends les chemins.
Dieu est partout, dans les statues, les maisons face à la mer, l'océan consolateur, ces lumières qui n'en finissent pas d'inventer dans le même geste toutes les saisons, toutes les fins du Monde, les renaissances.
Qu'apprends-je de moi même lorsque la rumeur du Steir enfle sous la nuit à la grosse marée ?
Est-ce le refuge ou la dernière escale avant le grand départ ?

samedi 13 septembre 2008

par la providence

Descendre par la Providence, là où fleuri, le Steir baigne ses veines de Soleil.
Mille bavardages y font leur joie.
Dans les échoppes les jeunes gens rient.
C'est un bout du Monde.
Tout s'y rassemble et consolerait presque de ton absence.

samedi 6 septembre 2008

Averse

En fille sauvage la pluie tape à la lucarne. La maison dresse sa proue et joue les navires en mer. Sous les trombes le jardin plonge. Je n'ose pas chanter quand il pleut si fort. La symphonie de l'averse me chavire. Les souvenirs d'enfance alors surgissent sur la table. Ecume douce d'un monde sauvé des autrefois. Indocile pluie, amie.

mercredi 3 septembre 2008

Descente vers Saint Corentin

Après dix-sept heures, le soleil. Les arbres rieurs. Des flots de jeunes gens se déversent depuis le Likès par les rues environnantes. La pente mène volontiers vers le ventre rond et salé de la ville. Tous ceux qui passent suivent alors dans un mouvement jubilatoire. La cathédrale babille sous la lumière, une vraie jeune fille.
Les garçons s'emparent des tables au café. Les vieux se mêlent aux jeunes. Tout frissonne aux ondes douces d'un soleil tranquille... On parle, on rit, on boit. On mène son amicale barque jusqu'à la promesse du repas.
A la maison, on rentre, le coeur empli de lumière et d'amitié.

samedi 23 août 2008

Visiteurs

Celle là, c'est l'araignée aux longues pattes, crispée en haut du mur. Je n'ose pas la déloger. Elle prend ses grand airs.
Une heure avant une toute petite avait dare dare remonté son fil à la fenêtre de la chambre.
Sur le plancher ensoleillé de l'après-midi, un papillon isocèle, au ventre rouge, s'est immobilisé.
Il lui a fallu du temps pour accepter l'escapade de la fenêtre.
Hier, dans le cellier un escargot avait entrepris de remonter le chambranle de la porte.
Et puis ce soir, toi, petit crapaud doré tu t'étais caché juste au coin de la porte d'entrée.
C'est tout un peuple qui vient à moi...
Et les chats traversent le jardin...

mercredi 20 août 2008

la fête

La guêpe goulue, ivre, la tête entière dans la pomme au sol,indécente, avide, sans retenue, disparait dans le fruit, monstrueuse dans son bonheur. Et la pomme ouverte dans l'herbe, reste sans défense.

dimanche 17 août 2008

Cette fois-ci

Maintenant tu es la seule Maison.
Tu ne m'appartiens pas, de quel droit m'appartiendrais-tu ?
Je te serai mieux fidèle puisque nous nous sommes choisis dans cette bonne alliance libre.
J'ai divorcé de Paris, non pas sans scrupules, non pas sans nostalgie, mais j'ai déroulé le ruban de l'autoroute avec résolution.
Il y avait dans les immenses boutiques à essence, des familles désespérantes avec des enfants trépidants qui hurlaient et réclamaient dans des "encore" assourdissants.
Arrivé à Lorient, la douche du ciel est venue laver la voiture et mes yeux. L'auto a trouvé seule son chemin, broutant l'herbe, méthodique.
Tu étais un peu froide et humide Maison, m'accueillant avec la distance qui convient aux délaissées en reproche. Mais c'était pour le déménagement, comprends- moi.
Ta bouderie fut de courte durée. Au jardin tout avait poussé.
Surtout, une rose si rose, joyeuse et mouillée, bavarde comme une enfant de douze ans, un peu ébouriffée, venait taper au carreau du bureau.
Dans le garage, des capucines échappées du jardin d'à côté s'étaient infiltrées, envoyant leur persuasif clin d'oeil orange...
J'essaie d'écrire, mais mon regard est happé par le jardin : les oiseaux qui picorent les pommes trop hautes, l'araignée qui a su tisser sa toile entre deux buissons franchissant un espace immense dans un saut de cinéma, la grosse guêpe bourrue plongée dans un fruit, avide et ivre ; partout la profusion d'herbe, de trèfles et de rosée, la lumière.
Cette fois, je suis là et je reste près de toi, ne sois pas inquiète, tu vois, j'ai allumé le four.

mardi 12 août 2008

Douces

Elles sont douces à Plovan, les cuisses de la baie d'Audierne où je me suis réfugié, les yeux grands ouverts sur le nouveau Monde.

mercredi 30 juillet 2008

Je rentre !

Il faut charger la charrette et s’en remplir la brouette, je m’en vais !
Rassembler les chansonnettes, les comptines et les sornettes, je m’en vais !
Il faut recompter les plumes, réajuster mon enclume, je m’en vais !
J’emporte le chalumeau, l’écharpe en poil de chameau, je me taille…

Vaille que vaille, le vent mouillé dans mes cheveux allégés lèchera mon museau
Maille que maille, la laine molle sur mes épaules réchauffera mon dos
Je n’ai plus vingt ans et ma barque a vogué dans d’autres caniveaux
J’ai encore du sang chaud pour irriguer ma tête et colorer ma peau

Il faudra sur l’autoroute et tout droit et sans un doute, filer !
La stoppeuse bien chargée, d’un baiser récompensé, déposer
Guidé par les goélands et d’un air nonchalant, compassé
Mine de rire retrouver le chemin et faire surtout surtout !

Comme si je n’étais pas un stupide touriste, un voyageur de rien
Me départir absolument de tout air parisien
Faire celui qui, un peu las de son voyage au loin
Rentre dans sa maison, faire ce bon feu crépitant à son chien

Je n’arrive pas ! Je rentre ! Tenez-vous le pour dit !
Ayez l’âme confiante c’est le retour au pays…

lundi 28 juillet 2008

Matin

Les ponts passent sur la rivière,
La langue roule son mystère
Le cheval passe la barrière
La barque glisse et dentelière
La rame rythme singulière

Et flic, et flac et glisse l’onde réverbère
Sur la rive de mon sourire, s’ébroue ta crinière
Jument douce qui chavire dans la verte lumière
L’aube attise ton désir, en fait une prière
Je viens à l’eau, au chemin, au moulin
A la maison cachée sous la sève, sous la rosée
Aux herbes mouillées, au rire de ta main
Au sel et au beurre sur la tranche de pain

J’attends ta cérémonie, petit déjeuner
Ta cérémonie légère et parfumée
Au café, au miaulement, tintinnabulement
De la cuillère sur le bol blanc,
Du fer sur la faïence de l’enfance
Et du coton doux du silence
J’ai ma patience
Et mes souvenirs devant

jeudi 17 juillet 2008

rendez - vous

Je ne savais plus que l'on pouvait à l'émotion d'un rendez vous avec un nouveau pays avoir autant de sensations intimes et amoureuses.

mercredi 16 juillet 2008

attente

Bientôt dans pas longtemps bientôt disait quelque part Obaldia, nous partirons... disait celui qui se levait à l'heure où blanchit la campagne.
Les malles, les cartons, les valises, le camion, la route.
Mais encore ; les lettres, les factures, les cartes, les papiers.
Accumulation.
Tiroirs infinis de la mémoire.
Comment un tiroir aussi petit peut-il contenir autant de vies ?
Si je tire le fil par la carte postale tout s'enchaine.
Et m'enchaine.
Prénom perdu. Qui était ce ? Et cette lettre enflammée, pas signée.
Ou bien, cette admonestation, ce poème, cet insigne, cette photographie.
Que faut-il emporter avec soi ? Que faut-il laisser ?
Les décorations, les médailles.
Les factures, ce vieux pull aux larges mailles.
Il faut si peu de choses aux braises de la mémoire. Juste un peu de feu son enfance.
Dans un enregistrement soudain, on entend l'aboiement de Prisca. Et peut- être, juste avant, la voix assourdie de Dominique, inaudible, haute et fraiche à la fois.
Il faudrait avoir le courage de tout abandonner derrière soi, savoir arriver dans la ville avec juste un peu de linge, un cahier, un livre.
Ce bonheur comme un risque : jeter, oser jeter.
Mais il resterait toujours ce fleuve intérieur et la marée.
Marée montante, marée descendante.
J'emporte avec moi ma mère et mes amoures et la Durance et ses galets, et la primaire de Pontoise et le collège provençal, le Verdon et le Canal Saint-Martin.
J'emporte tout cela et plus encore, ce que je retrouverai de moi à la prochaine escale. Et toutes les maisons où j'ai vécu...
Puisque ce sera la dix-septième...
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans... mais quand on a dix-sept maisons, on se comprend hautement passager et tellement provisoire...

mardi 15 juillet 2008

impatience

J'entends déjà comme des sentinelles, les veilleurs de mots : les poètes.
Max, Angèle, Georges...
Et tous ceux qui passèrent.
Peut-être, apprendrais-je mieux les mots simples et lisses, galets parfaits, roulés sous la langue avide de l'Océan.
Il faudra. Mes yeux dans les paysages de la mer pour comprendre les peintres de la mer.
Il faudra. Mon regard vers les travailleurs de la mer pour comprendre le filet, l'étau du sel et l'immensité du Monde.
Vous écouter. Sous l'aile vaste de l'humanité, se poser au bord du Monde.
Il faudra que j'apprenne à ciseler.
Entre la souffrance humaine et la vaste beauté du Monde.
Une aimante patience et une soif.
L'admiration et ce bonheur de découvrir et de sentir, juste ici, l'aventure.
Les écrivains de la mer, les marins, les voyageurs.
C'est là où finit la terre que je commence à devenir explorateur.
Territoire exotique et étrangement familier.
Il y a longtemps que je te cherchais.

samedi 12 juillet 2008

arrivée

Estourbi par le voyage, c’est à pied depuis la Tourbie que je suis descendu le long des Douves et jusqu’à St Corentin, puis vers la rue du Chapeau Rouge j’ai humé l’eau du Steir paisible ce soir là. C’était en Juillet, je n’oublierai pas comment la Ville m’a pris doucement dans ses bras. A la fois discrète et chaleureuse. Perdu seul, au coin de la rue Saint- François et Kereon, assis par terre, un gars chantait sur sa guitare. Il était déjà tard. Scrupuleusement mais avec sa conviction douce. Plus loin, au balcon, deux dames assises devisaient dans la fraicheur du soir. Les maisons sentaient déjà le beurre salé. Tout était empli de la mémoire. Des hommes sont partis, d’autres sont revenus. Il est des villes qui se disent mine de rien. Qui vous laissent venir à vous, sans trop de bavardage, mais qui vous reconnaissent. Tu savais avant moi Quimper que c’est chez toi que je poserai mes valises et mes livres. Tu savais, digne et gracieuse, comme une gente Dame de province qui ne s’en laisse pas compter. Ordonnée et sensible aux arts. Soucieuse de ta mise, de tes vieux et de tes enfants. Spirituelle et voyageuse. Généreuse et pudique. Ton cœur, la Ville, a les mains douces.
Les rives de l’Odet sont promesse et sagesse. Il faudra te mériter la Ville, dans cet ailleurs, dans ce détour, dans cet autrement. Je viens, j’arrive. Nous allons tranquillement nous apprendre l’un à l’autre.

mercredi 9 juillet 2008

Départ

Mets donc ta robe nous partons
N’oublions pas le violon
Nous partons !
Pour le pays de Max Jacob
Oui mets ta si jolie robe
Dans la maison d’Angèle Vannier
Nous partirons les yeux fermés
Ne te casse pas la figure
Dans l’escalier
S’il te plaît

C’est là que nous nous poserons
Pour respirer,
Les délicats hortensias, parfumés
Et je ferai devant la porte
Pousser de très rouges pivoines
Chaque matin tu t’en viendras
Pour t’y laver le visage et admirer le paysage
Je te réserve un peu d’avoine
Et du blé de sarrasin
Nous descendrons la rivière
Au confluent de Quimper
Ma belle Odette sur l’Odet
Je te vois soudain familière

Nous ne comprendrons pas toujours
Le chant des vieux marins autour
Mais nous serons dans la lumière
Mouillés de joie et de mystère

La cathédrale fait sa dentelle
Je t’ai perdue par la venelle
Un cormoran à la fenêtre
Respire, te voici inquiète
Mais la ville n’est pas si grande
Elle est peuplée de tant de siècles
Qu’elle protège sur la grande place
Les filles qui passent avec grâce

Soudain voici que l’aventure
Souffle son vent dans ma voilure
Oui nous descendrons vers la mer
Dans la douce baie couturière
Qui fait au marin imprudent
Des échancrures sous le vent
Mais dicte sa foi singulière

[Vincent Breton - droits réservés]